Quel étrange idée que de Panthéoniser un historien dont nous ne voulons retenir aucune des leçons qu’il nous a servies magistralement.
Et même si son exemple est admirable, je le trouve un peu sévère avec une France de 1940 qui a bien des égards était bien plus courageuse et lucide que celle de 2026
La défaite de 1940 me parait avant tout comme un coup de poker chanceux des allemands face à un commandement français incompétent. Pour le reste je ne pense pas que la société française des années 30 étaient pire que celle d’avant la première guerre mondiale ou même l’actuelle, pas parfaite certes, mais pleine de potentiels

« Tout ce qu’on a lu plus haut sur les faiblesses qui, peu à peu, minaient la robuste santé du pays, sur la léthargie intellectuelle des classes dirigeantes et leurs rancœurs, (…) sur notre gérontocratie, sur le malaise de l’armée, dans la nation, tout cela ou presque tout, il y a longtemps que nous nous le murmurions, entre amis choisis. Combien ont eu le cran de parler plus fort ? » (P192 de l’édition Kindle Amazon)
Très immodestement je commence ma petite bafouille sur ce qui me semble être un appel de notre ami Marc Bloch à « parler haut et fort », à s’engager, car justement c’est pour ne l’avoir pas fait assez que la France de 1940 s’est écroulé comme un chateau de carte mortel.
« De quoi est faite cette conscience collective, sinon d’une multitude de consciences individuelles, qui, incessamment, influent les unes sur les autres ? Se former une idée claire des besoins sociaux et s’efforcer de la répandre, c’est introduire un grain de levain nouveau, dans la mentalité commune ; c’est se donner une chance de la modifier un peu et, par suite, d’incliner, en quelque mesure, le cours des événements, qui sont réglés, en dernière analyse, par la psychologie des hommes. » (P193)
Merci Mr Bloch de cet appel à contribuer au débat public, aussi modestement que cela puisse être .
Je vais donc tenter, en 5 points de retenir quelques enseignements du livre l’étrange défaite écrit par l’historien Marc Bloch, ancien combattant de la guerre 14-18 comme la majorité des hommes français de sa génération (dont mon grand-père Jean Garat d’ailleurs) et d’en tirer quelques enseignements pour la France et les français de 2026.
1/ L’incapacité du commandement (militaire)
« Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe – qui demandera elle-même à être expliquée – fut l’incapacité du commandement . Je crains bien que ce propos, par sa brutalité, ne choque, chez beaucoup, des préjugés puissamment enracinés. » (P49)
L’analyse des failles du commandement militaire comme principale cause de la défaite de 1940 constitue de loin la principale partie de l’étrange défaite puisqu’elle couvre une centaine de pages sur les deux cents du livre. Et mon avis est qu’il a raison d’insister sur ce point.
Contrairement à ce qui a pu être écrit trop vite par des auteurs en quête d’explications simplistes (y compris par Marc Bloch lui même dans certains passages du livre, mais on lui pardonnera car il ne pouvait pas effectuer de recherches solides aussi vite quelques semaines après la défaite), l‘armée française de 1940 était forte et sur pas mal de points aussi bien voire mieux équipée que l’armée allemande :
– Elle a autant de chars, voire un peu plus (3000 v 2500), de qualité comparable, même si leur conception est plus défensive qu’offensive et leur équipements de communication archaïques
– Elle a plus de 10,000 pièces d’artillerie contre moins de 8000 pour les allemands
– Plus de 300,000 camions, contre 150,000 pour les allemands, ce qui fait de l’armée française la plus mobile du monde, comme en 1918, alors qu’en dehors de la dizaine de divisions blindées (panzer) 90% de soldats allemands se déplacent à pied et à la force des chevaux
– Elle est par contre surclassée sur les avions modernes, environ 1500 contre 3000, d’autant qu’incroyablement une bonne partie de ceux ci seront gardés en réserve en mai 1940 dans la croyance qu’il fallait s’économiser en perspective d’une guerre longue. Pour autant si on ajoute les britanniques on arrive à un avantage pour les alliés.
– En termes d’effectifs totaux l’armée allemande domine avec plus de 130 divisions contre un peu moins de 100 pour les français. Mais si l’on ajoute les 20 belges, les 10 hollandaises et les 10 (seulement, perfide Albion) des Britanniques les effectifs sont comparables.
Les armées alliées et allemandes étaient donc de taille et de forces égales et « le match n’étaient pas joué d’avance » du tout. Et tout le monde s’atendait, Hitler (et Staline) en premier a minima à une guerre longue.
La victoire éclair de mai – juin 40 est en réalité la combinaison d’une incompétence des généraux français et d’une chance folle de l’armée allemande en terme de météo, de surprise, de réseau routier, de coups de bluff (la percée dans les Ardennes). D’où le titre donné par l’historien anglais de « Strange Victory ».

Sans rentrer dans une explication détaillée, la défaite française fut due plus à la trop grande audace du plan français dit « Dyle Breda » qui fit avancer la crème de l’armée française profondément en Belgique et jusqu’aux Pays-Bas, qu’à une supposée posture exclusivement défensive de retranchement derrière la ligne Maginot.
Les premières grandes batailles de 1940, durant lesquelles l’armée française se comporta fort bien, se déroulèrent en Belgique (bataille de la Dyle, bataille de Gembloux, au sud de Bruxelles, bataille de Hannut, plus grand combats de blindés de l’histoire jusqu’à ce jour (12 – 14 mai 40).
J’invite le lecteur qui ne l’aurait pas fait à passer quelques minutes pour se renseigner sur les deux phases de la bataille de 1940, la première se terminant par Dunkerque et la deuxième, la « bataille de France« , en juin, qui opposa les 60 divisions restantes de l’armée française à un adversaire deux fois plus nombreux et qui est héroïque par bien des côtés.
=> Leçons miliaires pour la France de 2026
Avant d’avoir un problème de commandement, il faut avoir une armée : la France n’a à ce jour qu’une sympathique force de police, dont la taille est de l’ordre de quelques pourcents de celle de 1940 pour un pays près de 2 fois plus peuplé :
– moins de 100 pièces d’artillerie en 2026 contre plus de 10,000 en 1940
– 200 chars dont probablement une centaine en état de marche contre 3000
– Quelques milliers de camions contre 300,000
– Une centaine de navires de guerres de surface, dont beaucoup très modernes, contre une grosse dizaine aujourd’hui
– etc
Il est intéressant d’observer d’ailleurs les limites qu’imposent cette réalité. Il est maintenant clairement dit et assumé que notre armée ne peut intervenir… qu’en période de paix. Dit autrement il est avoué qu’elle n’est pas apte à faire la guerre.
– En Ukraine il est question d’envoyer 3 ou 4000 hommes au maximum, après un cessez le feu bien sûr, comme « garantie de paix » face à une armée russe de … 800,000 hommes…
– Au Moyen-Orient on envisage de peut-être éventuellement aider à déminer, et bien sûr toujours une fois la paix revenue, en supplétifs de l’Iran autant que des Etats-Unis.
On pourrait en rire si ce n’était aussi pathétique.
Bref à l’heure où beaucoup de pays européens se réarment (Pologne, pays nordiques, Allemagne…) la France ne bouge pas. Certes nous avons beaucoup de généraux, dont je ne pas s’ils seraient meilleurs que ceux de 1940 ; mais comme de toutes façons ils n’ont pas d’armée à commander, la question ne se pose pas.
La France de 1940 était bien plus forte et courageuse – car c’était une armée de plusieurs millions de citoyens mobilisés – que celle de 2026.

2/ Industrie de guerre
« Les défaillances du syndicalisme ouvrier n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors (…) On n’a pas assez travaillé, dans les fabrications de guerre ; on n’a pas fait assez d’avions, de moteurs ou de chars. » (P157)
Certes il eut été possible de faire plus. Pour autant l‘effort fourni par la France entre 1938 et 1940 a été très important, comme le prouvent les quelques éléments suivants :
– En terme de PIB la part de la défense est passée de 4% environ au moment du front populaire (déjà plus du double d’aujourd’hui) à plus de 8% en 1938, près de 12% en 1939 et vers les 20% en 1940 avant la défaite.
– C’est comparable au début de la guerre de 14-18, où l’effort n’a dépassé les 20% qu’à partir de 1915, pour atteindre un pic entre 40 et 50% entre 1916 et 1918. C’est ça une économie de guerre Manu le poète !
– Et contrairement à ce que l’on pourrait penser une fois de plus, l’Allemagne était sur des ratios comparables et n’est entrée en véritable économie de guerre qu’en 1942 – 43 quand elle a compris que le mythe de la victoire décisive s’était évaporé !
« Ce que j’ai aperçu durant la guerre, ce que j’aperçois, pendant l’après-guerre, des postiers et, plus encore, des cheminots ne m’a guère édifié » (P161)
Sur le temps de travail, là aussi et même s’il semblerait que déjà nos « services publics » jouissaient de privilèges à part (cf. ci-dessus) Marc Bloch me semble dur voire injuste vis à vis des ouvriers des industries d’armement, même si « autre époque, autre regard » :
– Dès 1938 Daladier, en référence à la semaine de 40 heures mise en place par le front populaire, a donné le mot d’ordre de « remettre la France au travail ».
– La règles de 40 heures a été assouplie, à tel point que les usines d’armement ont pu produire à fond avec des semaines allant à 48 voire plus de 50 heures.
=> Leçons industrielles pour la France de 2026
Sur ce sujet comme sur celui de l’armée, je crains qu’il n’y ait pas de leçon à retenir autre que « 100% des gagnants ont tenté leur change« .
En 1938 – 40 la défense avait un budget, l’industrie avait des commandes et la balle était donc dans son camp.
En 2026 les LPM (Lois de Programmation Militaires) se succèdent et se ressemblent, qui confirment un modèle d’armée « bonzaï » post guerre froide, sans aucun effort sur les grands comme sur les petits (et importants) programmes depuis 15 ans.
Les derniers errements de nos parlementaires illustrent bien tristement la manque total de volonté et de vision sur le sujet. Reconnaissons à une toute petite minorité de sénateur la volonté d’aller au delà de la « too little too late » rallonge de 38 milliards du pathétique Lecornu Mais tout ceci s’est enlisé dans un bourbier micro-politique bien honteux.
La IIIème république parlementaire était in fine plus efficace et clairvoyante que la chienlit que constitue notre régime présidentiel paralysé par des parlementaires dont on ne sait ce qui l’emporte de l’ignorance, de l’incompétence, et même de la malveillance à gauche et à droite du spectre.
Deux liens ci-dessous sur ce sujet
3/ De la curiosité ou de l’étroitesse d’esprit de l’arrière comme de l’avant
« Au cours de deux guerres, j’ai fréquenté beaucoup d’officiers, de réserve ou d’active, dont les origines étaient extrêmement diverses. Parmi ceux qui lisaient un peu et déjà étaient rares, je n’en ai presque vu aucun tenir dans ses mains un ouvrage propre à mieux lui faire comprendre, fût-ce par le biais du passé, le temps présent. » (P168)
« Le pis est que cette paresse de savoir entraîne, presque nécessairement, à une funeste complaisance envers soi-même. J’entends, chaque jour, prêcher par la radio, le « retour à la terre ». À notre peuple mutilé et désemparé, on dit « tu t’es laissé leurrer par les attraits d’une civilisation trop mécanisée (…) Ce qu’il te faut, c’est le village ou le bourg rural d’autrefois, avec leurs labeurs aux formes archaïques, et leurs petites sociétés fermées que gouvernaient les notables ; là, tu retremperas ta force et tu redeviendras toi-même » (P170)
« Or, pour faire du neuf, il faut d’abord s’instruire. Si nos officiers n’ont pas su pénétrer les méthodes de guerre qu’imposait le monde d’aujourd’hui ce fut, dans une large mesure, parce qu’autour d’eux, notre bourgeoisie, dont ils étaient issus, fermait trop paresseusement les yeux.
Nous serons perdus, si nous nous replions sur nous-mêmes ; sauvés, seulement, à condition de travailler durement de nos cerveaux, pour mieux savoir et imaginer plus vite. » (P172)
Ca calme non ? Ca calme d’autant plus que cela résonne fortement par rapport à notre époque où hélas la paresse intellectuelle des bourgeois (élites) comme des (quelques) militaires de carrière (puisque l’officier de réserve est devenu plus rare que les gorilles du Rwanda) semblent plus forte que dans les années 30. Et en plus nous n’avons pas « l’excuse » d’avoir gagné la dernière guerre, puisque justement nous l’avons perdue, la « victoire » de 1945 n’étant que très marginalement la nôtre, d’où d’ailleurs notre insistance à continuer à célébrer ce mythe gaulliste du 8 mai, dont il faut bien convenir qu’il a joué un rôle positif dans l’immédiat après-guerre, pour remettre tout le monde en ligne vers la reconstruction et les 30 glorieuses.
=> Leçons de curiosité pour 2026
Les drones on remplacé les stukas. Mais la surprise sera la même le jour où ils nous arriveront dessus.
De même qu’en 1940 la France avait eu la possibilité d’observer les allemands en action en Espagne puis en Pologne sans hélas en tirer grand chose, de même nous avons sous nos yeux depuis 4 ans la terrible guerre amenée par les russes en Ukraine, sans parler des conflits au moyen-orient, sans que cela ne semble nous intéresser sérieusement.
Nos politiques et généraux se complaisent à parler de grands programmes, dont les photos ou images virtuelles, sont du plus bel effet il est vrai sur les téléviseur OLED 4K 60 pouces de nos chaumières connectées.
– SCAF pour 2040, qui s’écrase en flamme avant même que le moindre démonstrateur n’ait vu le jour, en raison de l’étroitesse d’esprit et de l’arrongance de certains (français comme allemands soyons honnêtes, nous n’avons pas la monopole de la connerie).
– Porte-avion, qui ne sert pas à grand chose, pour 2038, alors qu’on en parle depuis 15 ans et qu’on lance officiellement tous les 3 ans ans, histoire de se faire croire collectivement qu’on est encore une grande puissance.
– Char de combat franco-allemand pour 2040, dont il est à parier qu’il ne verra pas le jour, sachant que nos vieux Leclerc n’attendront de toutes façons pas jusque là … et les russes non plus surtout !
Bref aucune curiosité, aucune aptitude à s’adapter. Une fois de plus on fait semblant de préparer la guerre froide de dans 20 ans, alors qu’il faut urgemment préparer la guerre chaude de 2030 voire avant, avec des moyens nouveaux, innovants et disponibles à nos frontières, que notre bureaucratique DGA est bien incapable de fournir, engoncée qu’elle est dans sa bureaucratie kafkaïenne, telle une poule devant un couteau !
Mais il semblerait que l’auto-satisfaction soit partagée entre politiques, militaires et industriels :
– les politiques toujours contents d’eux et ignorant totalement leur impressionant niveau d’incompétence clament haut et fort qu’ils ont fait plein de trucs et remercient les militaires de leur courage et de leur abnégation
– les militaires qui sont de bons garçons rougissent de plaisir en entendant ces compliments et repartent le torse bombé commander le super truc de dans 20 ans qui fait super chic en photo à la télé
– les industriels se complaisent dans le ronron bureaucratique de la DGA à développer des machins incroyables que les militaires n’ont jamais demandé mais qui vont les garder occupés un bon bout de temps
ETRANGE AUTO-SATISFACTION: Professeur Bloch revenez, c’est encore pire que ce que vous écriviez !
Pour revenir au manque de curiosité et à la paresse intellectuelle, de manière plus légère, je ne résiste pas à prendre le passage dans lequel il compare la presse française à la presse britannique, à l’avantage de la seconde :
« Comparez ces deux journaux quasi homonymes : The Times et Le Temps. Les intérêts, dont ils suivent, l’un et l’autre, les ordres, sont de nature semblable ; leurs publics, des deux côtés, aussi éloignés des masses populaires ; leur impartialité, également suspecte. Qui lit le premier, cependant, en saura toujours, sur le monde, tel qu’il est, infiniment plus que les abonnés du second. » (P67)
En lecteur fidèle et assidu de the Economist, de mon point de vue totalement impartial, la situation est restée la même 85 ans plus tard.

4/ La dissuasion nucléaire, notre nouvelle ligne Maginot
Même si ce n’est pas le coeur de sa thèse, Marc Bloch dénonce les moyens alloués à la ligne Maginot, qui n’ont pas, par définition, été mis ailleurs :
« Si nous n’avons pas eu assez de chars, d’avions ou de tracteurs, ce fut, avant tout, parce qu’on engloutit, dans le béton, des disponibilités d’argent et de main-d’œuvre qui n’étaient assurément pas infinies, sans pourtant avoir la sagesse de bétonner suffisamment notre frontière du Nord, aussi exposée que celle de l’Est. » (P75)
Sur ce point je ne serais pas 100% d’accord avec l’ami Marc. Même s’il est promu au rang de saint de la république, il faut se rappeler qu’il a écrit sont texte à chaud, en trois mois de juillet à septembre 40 et n’a donc pas eu le loisir d’étayer ses propos par des recherches solides, comme il l’auraient fait s’il l’avait pu en bon historien qu’il était.
La raison de mon désaccord partiel est que c’est l’aventure en Belgique de la première armée française, dont il était, qui a conduit à la défaite, plus que la ligne Maginot elle même.
On peut même aller jusqu’à dire, comme d’ailleurs Marc Bloch le suggère, qu’une posture plus défensive, s’appuyant sur la ligne Maginot jusqu’en Belgique, puis sur des positions fortifiées en avance et soutenue par une masse de manœuvre, aurait certainement été plus éfficace à prévenir le coup de faux magistral des allemands.
Là où je suis par contre d’accord avec lui est sur le fait que cette ligne Maginot a créé un sentiment de confort, assez similaire, je crains de le dire, à celui de la dissuasion nucléaire de nos jours.
L’un comme l’autre ne sont que des outils imparfaits. L’un comme l’autre doivent être complétés pour compenser leurs failles respectives, en gros par une masse de manœuvre et défense des frontières Nord en 1940, par une dissuasion conventionelle crédible en 2026 !
En ce qui concerne la dissuasion française, je pense même qu’elle est bien moins utile que la ligne Maginot n’aurait pu l’être.
Cf. article précédent : It’s not because de Gaulle was right that Macron is not wrong! – France, Europe Réagir
=> Leçons de la ligne Maginot en 2026
Nous faisons les malins en nous disant qu’ils ont été vraiment cons dans les années 30 de construire des fortifications statiques à l’heure de la guerre de mouvement. Etrange complaisance.
Comme le disait Luc Ferry sur LCI il y a quelques jours, nos armes nucléaires sont tout simplement inutilisables car leur emploi signifierait la mort immédiate de la quasi totalité de la population française. Et donc elle ne fait peur à personne…
In fine fondamentalement comme psychologiquement nous serions mieux sans, cela nous forcerait à nous occuper de ce qui a vraiment de l’effet en 2026, le conventionnel, les drones etc.
Si vous ne me croyez pas (et vous en avez le droit bien sûr) réfléchissez au dernier conflit indo-parkistanais. Deux puissance nucléaires qui se tapent dessus à coups d’armes conventionnelles
Ou Iran vs Israel, que sa bombe ne protège en rien des missiles et autres drone iraniens.
Et comme en 1940 la dissuasion consomme une part non négligeable d’un budget de défense déjà ridicule, laissant environ 1.5% du PIB pour ce qui compte, c’est à dire rien.
Et toujours comme dans les années 30 elle est un poison dans ce sens qu’elle autorise à la paresse, tant intellectuelle que d’action, telle que dénoncée par Marc Bloch.
5/ Politique internationale
Le manque de préparation et de coordination entre les « so called » alliés laisse pantois.
Les belges tout d’abord, dans un vain autant que ridicule effort d’amadouer les allemands, se déclarent neutres avant la guerre et vont jusqu’à positionner plus de troupe sur leur frontière française que sur leur frontière allemande pour ne pas risquer d’agacer le grand voisin teuton.
Marc Bloch décrit bien l’improvision totale lorsque l’armée française pénètre en Belgique et qu’il s’enquiert de trouver des réserves de carburant. Et ce alors même que depuis de long mois la France est en guerre avec l’Allemagne et que le plan Dyle est conçu et prévu d’être mis en oeuvre en cas d’offensive allemande.
Avec les britanniques ce n’est pas mieux, puisqu’aucun commandement intégré n’est mis en place, aucun coordination précise et même un mépris mêlé de méconnaissance de l’autre, comme le décrit bien Marcel Bloch vers les pages 90, dans cet extrait truculent notamment :
« La troupe (britannique), au moins, était, quasiment tout entière, composée de professionnels. Elle avait toutes les qualités, sans doute, d’une armée de métier. Quelques-uns de ses défauts, aussi. (…) D’ailleurs l’Anglais, sur le continent, se montre rarement à son avantage. Du moins, s’il n’appartient pas à des milieux particulièrement raffinés. Chez lui, il est, presque invariablement, d’une parfaite obligeance. Une fois passé le détroit, il incline toujours un peu à confondre l’hôte européen avec le native – entendez l’indigène des colonies, homme, par définition, de rang inférieur – et ce qu’il y a en lui de timidité naturelle ne fait que le confirmer dans sa raideur. Bien petites choses, assurément, que tout cela, au regard des sentiments profonds et des grands intérêts nationaux. »
Bref c’était un scandaleux bazar, alors même que la simple lecture des rapports de forces imposait aux alliés de se concerter. Je serais personnellement (et pour une fois) encore plus sévère avec les belges qu’avec les britanniques, car les belges avaient 2 fois plus de troupes qui auraient pu faire la différence. Malheureusement leur reddition fut encore plus rapide que celle des français, contrairement à ce qui se passa en 1914.
Concernant les Brits, comme bien expliqué par Marc, c’est une arrogance de part à d’autre, elle même issue d’une méconnaissance mutuelle à une époque où l’immense majorité des gens voyageaient peu et parlaient encore moins les langues étrangères qui explique cet imbécile manque de coordination. Sans mentionner les politiques qui ont été aussi lamentables de deux côtés de la Manche, Churchill n’arrivant au pouvoir que trop tard pour changer quoi que ce soit.
N’oublions pas qu’en 14-18, le commandement unique, français avec Foch, ne s’est imposé que dans les tous derniers mois de la guerre en 1918. Et qu’en 1943 – 45 cela n’a pas été simple tous les jours entre les ricains et les brits, entre Eisenhower et Monty.
=> Politique internationale, leçons pour 2026
Première leçon en creux : ne pas compter sur les américains ! Car n’oublions pas qu’en 14-18 ils ne sont intervenus que très tard et n’ont joué qu’un rôle très marginal dans la victoire avant tout française de 1918.
Et justement en 2026 comme en 14 ou en 40, il semble plus sage de ne pas parier sur eux et d’avoir (probablement pas) de bonnes surprises plutôt que l’inverse.
Et donc une seule option, développer la coopération entre pays européens. Ce qui commence par savoir commander des troupes de manière coordonnées.
Peut-être ne le savez-vous pas mais l‘OTAN prévoit qu’en cas de guerre en Europe ce soit un général américain qui dirige les opérations, alors même que les moyens qu’ils ont sont à ce jour assez faibles, bien loin de ceux d’une armée polonaise ou d’une armée allemande dans quelques années.
Question à 1000 Euros : que pourrait être la nationalité du / des chefs d’une telle coalition européenne :
– réponse numéro 1 on en discute pendant des années en mettant des fiertés nationales mal placées en avant, et le jour où on en a besoin on est pas prêt
– réponse numéro 2 on s’en fout, on met en place les structures et on prendra le meilleur au moment voulu
Je crains hélas que nos « peuples » comme nos politiques qui sont à leur image ne préfèrent la réponse 1 et que donc là dessus comme sur le reste les leçons de la défaite de 40 ne soient pas apprises
Ci-dessous deux petits ouvrages (en tous cas pas trop longs) dont je recommande à nouveau au passage la lecture :
– le premier « Nous étions seuls » décrit justement l’histoire diplomatique et politique de l’Europe dans l’enrte deux guerres et démontre à quel point les dirigeants américains et britanniques en particulier ont manqué de jugement et d’impartialité et la grande responsabilité qu’ils ont dans le déclenchement de la 2ème guerre mondiale
– le deuxième « Les mythes de la première guerre mondiale » qui vient de sortir décrit entre autre, sous la plume de Michel Goya, le rôle négligeable joué par les américains en 14-18, à tel point que ce dernier va jusqu’à dire que la guerre aurait été gagnée de toutes façons même sans eux. Un message d’espoir « on peut se débrouiller sans la cavalerie cow-bow, qu’on risque de toutes façons d’attendre longtemps« .

Conclusion
« Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelque prétexte qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme » (testament de Marc Bloch)
A l’issu de ce travail de relecture et de réflexion, je reste intrigué par cette étrange décision de panthéonisation de Marc Bloch (et de son épouse, soyons politiquement corrects svp) :
– Soit Macron se ment à lui même et, à la veille de son départ du pouvoir, veut se faire croire qu’il a fait quelque chose pour le pays. Possible tant il semble que sa distance avec la réalité soit grande.
– Soit Macron nous ment à tous dans un acte d’un cynisme politique classique en espérant faire avaler aux français quelques couleuvres de plus quand au bilan de son action, quand à notre bilan de français sur ces 20 dernières années depuis le retour des menaces en Europe et dans le monde.
In fine soyons moins durs que Marc Bloch et sur ce qu’il dit du mensonge. Pour finir sur une note positive je me dis qu’à une chose malheur est bon, et que si cet événement, aussi baroque, bouffon ou mensonger, pour ne pas dire étrange, soit-il, permet d’enseigner quelques éléments de notre histoire et de la fragilité de notre modèle de démocratie libre à nos concitoyens, alors « so be it », ce sera toujours ça de gagné (-:
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